Le 22 avril, le CHL a présenté sa 4e journée de Psychologie. Le thème choisi, «La prise en charge du patient oncologique de nos jours au CHL», rencontra un vif succès auprès des professionnels de la santé.

Céline Buldgen, Semper

Cancer et hypnose, EMDR, MBSR

Vanessa Grandjean et Anaïs Meulemans, psycho-oncologues au CHL, ont choisi d’aborder trois techniques thérapeutiques psychocorporelles qui ont démontré leur efficacité dans le domaine de la cancérologie. A savoir, la méditation en pleine conscience (Mindfulness), l’hypnose et l’EMDR.

1. Méditation en pleine conscience

Cette pratique de méditation porte son attention sur la conscience du corps. Elle se centralise à la fois sur les émotions, les sensations, en apportant une bienveillance aux pensées sans jugement critique.

«Nous fonctionnons souvent en pilote automatique. L’objectif est d’en sortir, car il génère les ruminations anxieuses responsables de la détresse émotionnelle. Le but est d’apprendre au patient à vivre différemment sa maladie et les évènements désagréables qui y sont associés. Ce n’est pas si évident d’apprendre la méditation en pleine conscience. Le patient doit être motivé et se soumettre à une pratique quotidienne d’exercices spécifiques et d’exercices d’entraînement de l’esprit.», explique Anaïs Meulemans.

Au CHL, deux programmes de Mindfulness ont été mis en place pour les patients atteints d’un cancer:

  • MBSR (travail sur la gestion du stress)
  • MBCT (focalisée sur la thérapie cognitive).

Il est important de souligner qu’au niveau neurobiologique, les effets de la méditation en pleine conscience sont nettement supérieurs à ceux de la relaxation simple:

  • activation accrue de certaines aires cérébrales, notamment des aires paralimbiques
  • moindre activité de l’amygdale cérébrale connue comme étant une zone d’alerte émotionnelle qui est anormalement active dans les états anxieux et dépressifs,
  • moindre réactivité de l’amygdale cérébrale droite qui serait le siège des émotions désagréables,
  • augmentation des rythmes gamma associés aux processus attentionnels et conscients,
  • augmentation de la résistance à la douleur, associé à un épaississement du cortex singulaire antérieur et du cortex somato-sensoriel,
  •  ...
ANAÏS MEULEMANS, psycho-oncologue au CHL: «Une méta-analyse, réalisée auprès de 200 patientes qui ont eu un cancer du sein, a pu démontrer des améliorations au niveau de l’humeur, de l’anxiété, de la dépression, de la fatigue, de la qualité de vie et des signes fonctionnels hormonaux (tels que les bouffées de chaleur).»

ANAÏS MEULEMANS, psycho-oncologue au CHL: «Une méta-analyse, réalisée auprès de 200 patientes qui ont eu un cancer du sein, a pu démontrer des améliorations au niveau de l’humeur, de l’anxiété, de la dépression, de la fatigue, de la qualité de vie et des signes fonctionnels hormonaux (tels que les bouffées de chaleur).»

2. L’hypnose et l’autohypnose

L’hypnose thérapeutique indirecte a pour but d’aider le patient à retrouver des ressources internes intactes et inexploitées. «L’accompagnement du thérapeute est très important. Après une ou deux séances d’apprentissage de l’autohypnose, nous donnons au patient des suggestions «post-hypnotiques.», souligne Vanessa Grandjean.

Au CHL, 10 membres du personnel sont formés à l’hypnose. En parallèle, des séances de sensibilisation à cette technique ont été mises en place progressivement pour l’ensemble du personnel soignant. «L’hypnose conversationnelle est très efficace pour faciliter les soins ou les examens médicaux. Elle permet au soignant de tourner une connotation négative en une connotation positive», souligne Vanessa Grandjean.

L’hypnose a un intérêt dans:

  • la sénologie
  • la période périopératoire,
  • lla chimiothérapie (nausées, angoisses),
  • la radiothérapie,
  • les symptômes pénibles (douleurs, troubles du sommeil, bouffées de chaleur...)
  • la qualité de vie.
VANESSA GRANDJEAN, psycho-oncologue au CHL: «L’hypnose est une technique de stabilisation capable d’aider le patient à gérer sa douleur».

VANESSA GRANDJEAN, psycho-oncologue au CHL: «L’hypnose est une technique de stabilisation capable d’aider le patient à gérer sa douleur».

 

3. EMDR

Au Centre Hospitalier de Luxembourg, 15 membres du personnel (médecins,psychologues) sont formés à l’EMDR.

«Cette technique nous permet de travailler avec les patients sur les cognitions négatives qui viennent du passé. Chaque patient a son histoire personnelle. Au moyen de l’EMDR, nous pouvons faire évoluer cette pensée négative de façon à ce que le patient se sente mieux dans le moment présent et travailler les angoisses du futur. Nous travaillons également sur des faits précis (prise de sang, phobies...) qui viennent de souvenirs du passé.», explique Anaïs Meulemans.

MÉLANIE ALT, psychologue en Soins Palliatifs, CHL Eich: «La détresse émotionnelle et psychologique des proches a souvent tendance à être sous-estimée. Gardons à l’esprit que lorsqu’une personne est malade, c’est tout un système familial qui est confronté à la maladie».

MÉLANIE ALT, psychologue en Soins Palliatifs, CHL Eich: «La détresse émotionnelle et psychologique des proches a souvent tendance à être sous-estimée. Gardons à l’esprit que lorsqu’une personne est malade, c’est tout un système familial qui est confronté à la maladie».

 

Cancer, fatigue et activité physique

En cancérologie, l’activité physique permet d’agir sur:

  1. les effets secondaires des inhibiteurs d’aromatase. Souvent prescrits dans le cancer du sein en post-ménopause, ils sont connus pour donner des arthralgies chez 10 à 20% des patientes. L’activité physique est alors utilisée à titre préventif.
  2. la régulation des gènes du cancer (régulations épigénétiques) via une hypométhylation des gènes sup- presseurs du cancer et une méthylation d’oncogènes et autres gènes régulateurs comme l’APC gene, CAC-NA2D3, L3MBTL1.

Dr Fernand Ries, oncologue au CHL indique: «Les résultats d’une étude hollandaise (2015/Van Waart et al), réalisée sur 230 patients atteints d’un cancer du sein et du côlon en cours de traitements adjuvants, montrent que l’activité physique offre une meilleure préservation de la force musculaire, diminue les états de fatigue et offre une surveillance plus accrue du dosage de la chimiothérapie. Ces résultats bénéfiques concernaient uniquement le groupe de patients ayant pratiqué une activité physique à moyenne ou haute intensité supervisée.»

 

Des messages clairs

«Les activités réalisées au domicile sont souvent de basse intensité. Statistiquement, les résultats sont peu signicatifs. Je vous invite à recommander à vos patients d’intégrer des groupes supervisés, dont les exercices d’intensité modérée ou légèrement intensive offrent d’excellents résultats. Mais soyez clairs dans les messages que vous transmettez. Pratiquer une activité physique durant un traitement de chimiothérapie ou de radiothérapie ne permettra jamais de réduire la fatigue de votre patient. Promettez-lui de pouvoir la stabiliser. La diminution de la fatigue s’observe principalement chez les patients après leur traitement.», indique Patrick Feiereisen, Chef d’unité de physiothérapie au CHL.

Concrètement, il est recommandé de faire 150 minutes/semaine d’exercices d’aérobie à intensité modérée ou 75 minutes/semaine d’aérobie à haute intensité. Et si possible, faire 2 à 3 fois/ semaine des exercices de renforcement musculaire a n d’éviter la cachexie musculaire.

  • Activité d’intensité élevée: ± supérieur à 6 Mets (course à pied, aérobic, volleyball...).
  • Activité d’intensité modérée: ± 3-6 Mets (danser, marcher d’un pas vif, jardiner....).

 

Contre-indications à l’activité physique ou à l’initiation à l’activité physique:

  • Pathologies pulmonaires,
  • Chirurgie (attendre 8 semaines),
  • Anémie trop importante ou ataxies,
  • Etats de fatigue extrême,
  • Vomissements, diarrhée,  fièvre,
  • Etats pseudo-grippaux,
  • Cancer sein: si problème persistant à l’épaule/bras après chirurgie ou radiothérapie,
  • Cancer du côlon avec stomie,
  • Cancer sphère gynécologique: si inflammation, œdème au niveau de l’abdomen ou de la région inguinale.

 

N’hésitez pas à relire notre article sur l’Association Luxembourgeoise des Groupes Sportifs Oncologiques (ALG- SO) qui promeut les activités médico-sportives auprès des personnes traitées d’un cancer, suivies ou non d’une physiothérapie (Semper N°72 - Septembre 2015) !


AGRESSIVITÉ: COMMENT GÉRER LA RÉVOLTE ?

Phases du modèle de développement d’une crise d’agressivité:

Phase 0: comportement normal ou contrôle.

 

Phase 1: danger de perte de contrôle.

Actions du soignant:

  • exploration de la cause, source de la colère,
  • empathie,
  • être calme et serein,
  • attitude de soutien – reflet du changement constaté, • proposer son aide. Laisser le patient dire ce qu’il a à dire et essayer de montrer que cela vous intéresse,
  • Technique de l’édredon (ne pas abandonner sa posi- tion, prendre acte des propos sans donner son avis personnel).
  • Technique du disque rayé (je suis désolé, ce n’est pas possible. J’entends votre colère mais c’est impossible).

 

Phase 2: perte de contrôle, avec difficultÉs À collaborer.

Actions du soignant:

  • judicieux de se calmer,
  • montrer de l’intérêt et écoute active,
  • ne pas rentrer dans le jeu,
  • adopter attitude directive et poser des limites claires (questions courtes – demande de respect),
  • utiliser des messages en JE et faire appel à sa hiérarchie/statut de soignant.

 

Phase 3: passage À l’acte.

Actions du soignant:

  • demander d’arrêter, transmettre un message clair et
  • direct,
  • ne pas réagir contre la personne,
  • veiller à sa propre sécurité et demander de l’aide si nécessaire.

 

Phase 4: RelÂchement, rÉcupÉration puis stabilisation. Le patient reprend conscience de la rÉalité.

Actions du soignant:

  • discuter avec le patient pour que cette situation ne se reproduise plus, en évitant toutefois de le culpabiliser,
  • discuter avec vos collègues.

Anaïs Meulemans insiste sur l’attitude du soignant et les conséquences d’un conflit: «L’attitude du soignant est souvent source de malentendus et génère de l’agressivité. Soyons attentif à nos propres signes d’agressivité et contrôlons notre stress. De plus, le conflit est une ac- cumulation de problèmes d’insatisfaction non résolus. Attention à ne pas le laisser se dégrader car l’agressivité risque de pointer son nez. Le patient est dans la perte de contrôle, le passage à l’acte est imminent. De même qu’être quotidiennement confronté à l’agressivité des patients ou des familles peut engendrer un stress chronique du soignant (burn out) qui peut s’aggraver en une véritable dépression !»


Comment